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26.12.18

Obésité et style de vie : le point de vue du Prof. Pralong

Nutrition
La progression continue de l’épidémie d’obésité dans le monde représente un enjeu majeur pour les systèmes de santé et pour la société en général. Les coûts de cette maladie en Suisse, estimés par l’OFSP en 2014, se montent à près de huit milliards de francs. Environ 40% de cette somme concerne les coûts indirects. Le peu d’entrain développé par les pouvoirs publics pour tenter de juguler cette progression contraste avec ces chiffres

 

L’obésité a été qualifiée par Arnaud Basdevant, directeur du premier plan national français obésité, de maladie de la transition économique. Cela signifie, sans négliger les différences de susceptibilité individuelle à la prise de poids, que l’obésité trouve certaines de ses racines dans des changements profonds de style de vie. Ces changements sont eux-mêmes liés aux modifications des activités humaines découlant de l’industrialisation. Des mesures de prévention liées à l’urbanisme existent, dont l’efficacité est démontrée. On peut rappeler l’exemple des pistes cyclables : les déplacements à vélo sont très clairement privilégiés par la population, dès lors qu’on dispose d’une réelle infrastructure en pistes cyclables sûres et protégées.

L’architecture n’est pas en reste. On sait par exemple que la température ambiante peut influencer le métabolisme. A partir de telles données, des ingénieurs ont développé des algorithmes permettant de moduler en continu la température de chauffage des logements. Le but général de ces algorithmes est de faire osciller la température ambiante : on la fait lentement baisser à des niveaux permettant de stimuler le métabolisme, sur des périodes suffisamment courtes pour ne pas être ressenties comme désagréables. Il s’ensuit une stimulation intermittente du métabolisme des personnes exposées à ces variations, qui entraîne une augmentation des dépenses caloriques de base. Cette augmentation constitue une prévention efficace à la prise de poids.

La conception même des immeubles pourrait être repensée pour stimuler l’activité physique quotidienne. Les cages d’escaliers pourraient devenir des espaces communs, agréables et aérés, possédant idéalement des fenêtres afin d’encourager les habitants à les utiliser le plus souvent possible. Et on pourrait également remettre en question la pratique d’installer systématiquement des escaliers mécaniques dans les espaces publics ou commerciaux. La construction préférentielle d’escaliers confortables, à côté d’ascenseurs destinés en priorité aux personnes à mobilité réduite, devrait être la règle dans une société soucieuse de promouvoir la santé de la population.

Ces quelques exemples illustrent la complexité de la maladie obésité. Ils indiquent également que la maîtrise de cette épidémie, qui n’est toujours pas enrayée, ne peut pas se cantonner aux mesures nutritionnelles généralement ciblées en priorité. Elle passera par une réflexion en profondeur des déterminants de notre style de vie, et devra impliquer tous les acteurs de la société.

 

Prof. François Pralong, médecin chef du centre d’endocrinologie, diabétologie et obésité à l’Hôpital de La Tour.