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28.05.21

En finir avec la cigarette: Le programme STOP TABAC

En Suisse, le tabagisme est la première cause de détérioration de la qualité de vie, et est responsable de 15% des décès par an. Un chiffre impressionnant qui représente quelque 9’500 personnes chaque année, soit 26 décès chaque jour. Au-delà de l’impact sur la santé, le tabagisme pèse également sur les finances de la collectivité, coûtant à l’économie suisse près de 3,9 milliards de francs chaque année, dont 3 milliards sont utilisés pour financer les traitements médicaux et 0,9 milliards pour compenser la perte de gain.

Ces chiffres, vous les avez peut-être déjà en partie entendus. Nous savons tous, en théorie, à quel point le tabac est mauvais pour la santé. Pourtant, il est parfois difficile pour les fumeurs de se représenter les dégâts réels auxquels ils s’exposent tant qu’ils ne se manifestent pas en pratique. Il n’est donc malheureusement pas rare que la décision d’arrêter la cigarette soit la conséquence d’un problème de santé plutôt qu’une démarche préventive. C’est pourquoi à l’Hôpital de La Tour, nous proposons aux patients que nous suivons une solution pour s’arrêter de fumer, que leur santé en dépende déjà clairement, suite à une alerte comme un infarctus par exemple, ou avant qu’un problème ne se manifeste.

Connaître les risques ne suffit pas à arrêter

Les dégâts potentiels du tabac pourraient encore être longuement listés. La fumée du tabac contient en effet plus de 7000 substances avec des effets cancérigènes, irritants et toxiques directs. Le tabagisme est responsable de maladies respiratoires comme le BPCO, et engendre des maladies cardiovasculaires, des phénomènes thrombotiques et des cancers (poumon, œsophage, larynx, pharynx, cavité buccale…), dont il serait responsable dans près d’un quart des cas. Selon les estimations, fumer provoque une diminution de l’espérance de vie de 11 à 12 ans.

Même en prenant conscience des dangers encourus, arrêter de fumer est un travail de longue haleine, qui nécessite un fort investissement personnel. Plus de 95% des personnes ayant décidé d’arrêter de fumer sans aide replongent pendant la première année. Une grande partie des patients ont donc besoin de soutien et d’un accompagnement adapté vers l’abandon de la cigarette.

Basé sur les recommandations en vigueur concernant l’arrêt du tabac, l’Hôpital de La Tour propose un programme, STOP TABAC, élaboré avec l’appui du Professeur Jean-Paul Humair, référent en la matière aux HUG. A travers celui-ci, il s’agit de prodiguer aux patients des conseils adaptés à leur situation, en adéquation avec les objectifs de chacun.

Arrêter de fumer, une démarche volontaire et concertée

Au départ, l’orientation des patientes et patients vers ce programme vient souvent d’une démarche proactive du personnel soignant de l’Hôpital de La Tour, visant à identifier les fumeuses et fumeurs actifs. Loin de faire pression sur les personnes concernées, ce qui s’avérerait contre-productif, il s’agit d’abord de leur demander si elles souhaitent en parler et de faire un point sur leur consommation de tabac. Il est essentiel, pour les membres de l’équipe comme pour les patients, de travailler d’un commun accord et de ne rien imposer.

Lorsque les patients entrent en matière, leurs habitudes face à la cigarette sont analysées afin d’évaluer leur dépendance : nombre de cigarettes fumées par jour, temps entre le réveil et la première cigarette, objectifs éventuels pour diminuer le tabac, etc. Puis la motivation pour arrêter est évaluée. Les caractéristiques du patient sont alors prioritaires : chaque personne est unique et doit être accompagnée comme telle.

Une fois ce point de situation établi, on sensibilise la personne aux différentes substances contenues dans les cigarettes et à leurs effets sur l’organisme. Même si la plupart des fumeurs ont conscience que le tabac est nuisible pour leur santé, divulguer des informations générales et des chiffres permet souvent de contextualiser l’enjeu de santé lié à la consommation de cigarettes.

Être accompagné face à la dépendance

L’une des premières étapes est de savoir si le patient est entouré. Le soutien de l’entourage joue en effet un rôle prépondérant dans la volonté d’arrêter de fumer. Se sevrer du tabac nécessite de mettre en place un changement d’habitudes comportementales, des interventions motivationnelles et pharmacologiques. En effet, la nicotine, principale responsable de la dépendance physique, contribue aussi à la dépendance psychologique et comportementale. Les sensations agréables ressenties maintiennent le tabagisme par renforcement positif et les sensations désagréables du sevrage le soutiennent par renforcement négatif.

Toute addiction est une maladie chronique qui implique une prise en charge et une attention prolongée. La cigarette ne fait pas exception ; il s’agit donc d’un combat qu’il vaut mieux ne pas mener en solitaire.

L’une des techniques phares pour aider le patient à lutter contre la dépendance est de mettre en place des mesures de substitution à la nicotine. Il peut s’agir de patchs transdermiques, chewing-gums, comprimés, sprays, inhalateurs, etc. L’essentiel est de s’accorder avec le patient sur la méthode la plus adaptée afin d’augmenter les chances d’obtenir de bons résultats sur le long terme.

Dans le cadre du programme STOP TABAC, les équipes de l’Hôpital de la Tour proposent aussi des conseils et astuces pour arrêter de fumer et donnent aux patients des brochures spécifiques pour les soutenir dans leur démarche. Bien entendu, elles restent disponibles pour répondre à toutes leurs questions et peurs : prise de poids, conséquences sur le bébé pour les femmes enceintes, méthodes alternatives de type hypnose ou acupuncture, etc.

Lorsque vous essayez d’arrêter de fumer, surtout, ne vous découragez pas ! N’oubliez pas qu’en moyenne chaque fumeur repenti a déjà arrêté 3 fois avant le succès. Rappelez-vous pourquoi vous avez arrêté, et reprenez où vous en étiez avant la rechute.

Pour augmenter ses chances de succès, à chacun son accompagnement

Un accompagnement cadencé au rythme du patient constitue la clef de voute de notre intervention. Des entretiens espacés selon l’objectif du patient et l’état d’avancement de sa situation permettent de soutenir ses efforts. Une équipe pluridisciplinaire (médecin traitant, pneumologues, cardiologues, physiothérapeutes, psychologues, nutritionnistes, etc.) assure une prise en charge globale.

Chaque année, nous rencontrons environ 200 patients après une chirurgie ou un accident cardiaque, dont environ deux tiers sont des fumeurs. Plus de 150 personnes par année suivent les sessions de réhabilitation respiratoire de l’Hôpital de La Tour, et nombreux sont ceux qui ont arrêté de fumer. Les épauler dans leur volonté de dire NON une fois pour toutes à la cigarette est notre objectif.

Nous privilégions les patients qui sont déjà suivis dans nos groupes de réhabilitation ; cependant, cela ne signifie pas que vous deviez rester seul-e dans cette démarche. Nous vous encourageons à consulter le site Stop-Tabac.ch, pour y trouver conseils, numéros utiles et adresses pour vous accompagner.

Et n’hésitez pas à vous rapprocher de votre médecin généraliste. Les chances de succès de celles et ceux qui tentent d’arrêter sans aide sont estimées entre 3 et 11%. Ce taux de succès peut être augmenté à 17–30% d’arrêt à 6 mois sans rechute grâce à une prise en charge combinant un traitement médicamenteux et une approche comportementale.

Bon courage et bonne chance sur le chemin de l’arrêt du tabac !

 

Article réalisé grâce aux conseils de Laurence Vignaux, responsable Physiothérapie cardio-respiratoire