Le bulletin de l'OFSP ( Office Fédéral de la Santé Publique ) n°51 publiait déjà en 2004 les conclusions d'expert du Conseil de l'Europe ainsi que les recommandations de la Commission Fédérale de l'Alimentation. On y apprenait que la dénutrition est un problème répandu dans les hôpitaux européens. On suppose qu'en Suisse 20 à 40% des patients souffrent déjà de dénutrition lors de leur admission à l'hôpital. Une enquête réalisée dans le milieu hospitalier suisse a montré que la dénutrition est rarement diagnostiquée et ce, pour deux raisons principales. D'une part, les médecins et le personnel soignant ne disposaient pas des connaissances nutritionnelles suffisantes, d'autre part, les patients à risque n'étaient souvent pas dépistés. Seuls 14 établissements sur les 572 étudiés ( 2.5%) disposaient d'équipes spécialisées dans ce domaine. Le rapport du Conseil de l'Europe, qui contient une liste et une analyse des causes de la dénutrition à l'hôpital, est à la base des recommandations de la Commission Fédérale de l'Alimentation. On y retrouve un catalogue des principaux facteurs associés à la malnutrition et à une prise en charge suboptimale : - Absence de définition des responsabilités sur l'organisation et le traitement nutritionnel.
- Manque de formation en nutrition chez l'ensemble des personnels hospitaliers médicaux et paramédicaux.
- Manque d'influence et de connaissances des patients et de leur entourage dans le domaine de la nutrition.
- Manque de coopération entre les différents groupes professionnels impliqués dans le support nutritionnel.
Les recommandations émises pour prévenir et traiter la malnutrition sont : - les responsabilités et les rôles des acteurs de soins dans l'évaluation et le support nutritionnel doivent être écrits et largement publiés au sein des institutions. Les paramètres de dépistage de la malnutrition et du suivi nutritionnel doivent être clairement spécifiés.
- Il faut sensibiliser le personnel aux conséquences négatives de la dénutrition sur l'évolution de la pathologie et la tolérance au traitement.
- Il est crucial d'instaurer/renforcer la collaboration interdisciplinaire entre les médecins, les infirmiers et les diététiciens.
La dénutrition à l'hôpital engendre une prolongation de la durée de séjour moyenne de 4.9 jours, une augmentation de la mortalité à 90 jours et à 4.5 ans, un doublement de la fréquence des complications infectieuses et non infectieuses, une plus grande consommation médicamenteuse et une moindre autonomie à la sortie du patient. La seule mesure du poids ne permet pas une évaluation fiable de la dénutrition en raison de la prévalence élevée de la surcharge pondérale et de l'obésité dans la population. En effet, l'augmentation de la masse grasse masque la perte de poids. Une approche multidimensionnelle est nécessaire et a été proposée par Fearon et coll. sur la base de trois éléments clefs : - la perte de poids > 10%,
- l'inflammation systémique ( C-reactive Protein > 10 mg/l ) et
- la réduction des prises alimentaires ( <1500 Kcal/j ).
La cachexie ainsi définie, a une prévalence de 20% dans la population générale, alors que la cachexie définie sur la simple perte pondérale a une prévalence de 80%. La cachexie se décline de la simple perte de poids ( pré-cachexie ), au syndrome de cachexie ( perte de poids, inflammation systématique et diminution des ingesta ), à la cachexie avancée ( déperdition de la masse grasse, fonte de la masse musculaire et immunodépression ). Cette approche globale de la cachexie a permis de montrer un impact sur la survie et la qualité de vie des patients. La cachexie est associée à certaines maladies chroniques comme le cancer, la bronchopathie chronique obstructive ou l'insuffisance cardiaque et rénale par exemple.
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